Tendances

Le retour de l’épaule 80’s

La masculinité est depuis des années une valeur sur laquelle la mode féminine joue. Mélange des genres, la femme devient homme ou presque. Silhouettes androgynes, masculines, non genres, elle s’approprie ses codes pour en faire une garde robe, prête à questionner l’opinion, prête à démocratiser des pensées.


Dans les années 80, on assiste à une évolution marquante de la société. Les femmes veulent le pouvoir et le font savoir. Avec l’envie plus forte que jamais de devenir totalement indépendantes, elles s’en vont conquérir le monde. La working girl se développe, s’affirme, s’impose. La femme se créée une allure forte, complètement déterminée à prendre sa place aux cotés de l’homme. Complètement résolue à se construire sa prestance physique et mentale.

Coté « loisir », la recherche d’une carrure imposante n’en n’est pas moindre. L’aérobic devient le nouveau sport à la mode, dont le but est de créer des épaules surdimensionnées, et donner un corps musclé et structuré.

C’est donc dans ce contexte que l’épaule surdimensionnée, dite parfois « à la Mugler » voit le jour. Signature de Thierry Mugler, les épaules travaillées, soulignées, proéminentes, envahissent les podiums. La taille marquée accentue d’autant plus la généreuse stature carrée. Sa femme est forte, structurée, assumée,sans compromis.

Gauche : Ensemble en crêpe de laine rose 1983-1984, par Thierry Mugler.
Droite : Vêtements Mugler dans L’Officiel 1989.

Dans la même lignée : Claude Montana. Créateur emblématique de ces années là, il donne à la femme l’envergure tant attendue. Le couturier propose sa vision libre et engagée de la féminité, prête à prendre le pouvoir de s’assumer et de se déployer.

Collections Claude Montana.
De gauche à droite : SS88 / Blouson de cuir 1985 / Hiver 1984-1985 / Fourrure  1980

En 1988, Guy Bourdin (photographe de mode) capte sa perception et raconte l’histoire de la femme habillée en Montana : épaules carrées, active, dynamique, conquérante.

Photographies de Guy Bourdin / Vêtements Claude Montana / 1988.

La même année, Will Gremillet nous donne une photographie aux couleurs magiques et prenantes, d’une veste Mugler. Sans visage,la femme est énigmatique avec des épaules voyantes, pourtant situées dans l’ombre. Le photographe nous berce dans un mystère psychédélique et passionnant. Dans la même période, en 1987, Albert Watson réalise pour Vogue une image sobre, présentant la femme Mugler dans toute sa splendeur : épaules très grandes, taille très marquée.

Gauche : Veste Mugler par Will Gremillet, 1988.
Droite : Manteau Mugler, Albert Watson pour Vogue, 1987.

Mais l’épaule 80’s, très associée aux deux figures déterminantes (Mugler/Montana) dans l’histoire de la mode, a aussi été vue sur les défilés des créateurs tel qu’Yves Saint Laurent, Armani, et Gianni Versace. On se remémore leurs créations grâce à des photographes de mode tel que Richard Avedon. Ce dernier a immortalisé les épaules totalement rouges de Versace, collection AW 1984 pour Vogue Italie.

Versace 1984, par Richard Avedon pour Vogue

Mais quoi de plus évident pour refléter cette mode, qu’une photographie mythique de Grace Jones par Jean Paul Goude? Le photographe réalise un des portraits les plus célèbres du mannequin, totalement envoutant, irrémédiablement captivant. Grace Jones incarne par son physique cette conception métissée entre le masculin féminin. L’épaule carrée et démesurée ne s’est jamais aussi bien portée.

Portrait de Grace Jone par Jean Paul Goude.
L’épaule 80’s. Le retour.

 

Pour la saison SS18, Anthony Vaccarello chez Saint Laurent s’en est donné à coeur joie. Jouant sur des volumes surdimensionnés, le directeur artistique inclut dans sa collection des épaules caricaturées, immenses et imposantes.

Défilé Saint Laurent SS18, par Anthony Vaccarello

De son coté, Gucci a présenté un défilé avec de nombreuses références au passé et aux différentes époques, sans oublier notre très chère épaule. Alessandro Michele, nous la rappelle, disproportionnée à la vitesse de l’éclair, supérieure, et accélérée.

Défilé Gucci SS18, par Alessandro Michele.

Tandis qu’Isabel Marant, comme à son habitude, se la joue légèrement plus sobre et intemporelle, Versace affirme l’épaule 80 façon baroque et sauvage.

Défilé Isabel Marant SS18.
Défilé Versace SS18, par Donatella Versace.

Tom Ford y ajoute sa touche sexy et glamour, en utilisant des matières satins, cuirs et des jeux de silhouettes. Il défend une femme quasiment hybride : de la carrure oui, mais sans oublier son sex appeal.

Défilé Tom Ford SS18.

Phoebe Philo pour Céline réalise des vestes structurées masculines, en concordance avec sa mode architecturale et minimaliste. En vérité, la créatrice nous a déjà donné des prémisses de cette tendance les saisons précédentes, pour mieux insister cet été. Aucune hésitation, aucune objection, l’épaule eighties version Mugler-Montana est bien de retour.

Gauche : Céline SS16 par Phoebe Philo / Droite : Céline SS17 par Phoebe Philo
Collection Céline SS18, par Phoebe Philo
Pourquoi un engouement pour les épaules des années 80 ?

 

Colossale et impressionnante, l’épaule 80 ne nous quitte pas du regard. Ou plutôt serait-ce nous qui sommes dans l’incapacité à décrocher. Il y a presque une quarantaine d’années, la femme était une working girl,habillée de son tailleur aux épaules larges et la taille marquée, ainsi qu’une sportive invétérée. Une femme héroïque, puissante, indépendante.

Comme une armure ?

 

L’épaule 80 permet d’affirmer les volumes, les grandeurs. Elle change la structure de la femme, modifie son profil. Elle a un impact visuel conséquent.

Et si les épaules 80 nous donnaient ce sentiment de protection ? Comme une armure autour de nous, notre corps est remodelé, sculpté, bien protégé. Comme des guerrières, les épaules inspirent une assurance inégalée. Pour affronter le monde de demain, parcourir la vie, voyager lointain.

Pouvons nous penser que l’épaule 80 est une expression du pouvoir des femmes ? Qu’elles s’engagent à montrer leurs charismes et leurs forces ? Pouvons nous imaginer qu’à travers sa renaissance, l’épaule 80 nous raconte que la femme est puissante? De sa période émergente à celle de son retour, l’épaule gigantesque questionne. Questionne la société, la place de la femme, sa silhouette, sa féminité.

Est elle signifiante aujourd’hui ? Les créateurs de mode retranscrivent ils une manière de penser ? Veulent ils de nouveau montrer que la femme a du pouvoir ? De l’indépendance ? On peut se demander si l’épaule 80 n’est pas une extension, un développement de la volonté des femmes aujourd’hui.

L’épaule 80 pourrait aussi être un reflet des tendances sportives d’aujourd’hui, où l’on voit de nouveau apparaître des entraînements physiques, parfaits pour l’amplification des muscles (sports de combats, krav maga, judoka…), idéals pour la défense personnelle.

Dynamique, libre, titanesque . Que l’épaule 80 soit de retour pour des questions sociétales, des interrogations autour des formes, des questionnements sur les silhouettes… on aime sa réapparition, sa réédition, son renouveau. « Parce que la mode est un éternel recommencement. »

 

See you, 
Hoa. 

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